Le sommeil : ce qui est établi, et ce qu’on répète à tort

Avatar de Hélène Marchal

·

6 min de lecture

Sept heures, huit heures, neuf heures : s’il existait un chiffre magique pour le sommeil, cela se saurait. En réalité, le besoin de sommeil varie sensiblement d’une personne à l’autre, et personne ne devrait se sentir en faute parce qu’il dort un peu moins — ou un peu plus — que son voisin.

Un besoin qui vous est propre

Les grandes fourchettes données par les autorités de santé (autour de sept à neuf heures pour un adulte) sont des repères de population, pas des ordonnances individuelles. Certaines personnes se sentent parfaitement reposées avec six heures et demie de sommeil régulier ; d’autres ont besoin de neuf heures pour être en forme. Le bon indicateur n’est pas un chiffre affiché sur un écran, mais la façon dont vous vous sentez dans la journée : reposé, capable de vous concentrer, sans somnolence qui s’impose à vous.

La régularité, un repère plus solide que la durée

C’est l’un des points les mieux établis par la recherche récente sur le sommeil : se coucher et se lever à des horaires réguliers, y compris le week-end, pèse au moins autant que le nombre d’heures total. Des horaires qui varient de plusieurs heures d’un jour à l’autre perturbent l’horloge interne, un peu comme un décalage horaire répété. À l’inverse, une routine stable — même avec une durée de sommeil modeste — aide l’organisme à anticiper l’endormissement et à stabiliser les phases de sommeil profond.

Lumière et écrans : ce qui est solide, ce qui l’est moins

Ce qui est bien établi : la lumière, en particulier la lumière du jour reçue le matin, est le principal signal qui règle l’horloge interne. S’exposer à la lumière naturelle en début de journée aide à caler le rythme veille-sommeil. À l’inverse, une lumière vive en soirée peut retarder la sensation de fatigue.

Ce qui est plus discuté : l’effet exact des écrans sur l’endormissement. La lumière émise par les smartphones et tablettes est souvent présentée comme la grande responsable des troubles du sommeil, mais les données scientifiques sont moins tranchées qu’on ne le dit. Ce qui semble jouer un rôle au moins aussi important, c’est le contenu regardé : un fil d’actualité stressant ou une conversation animée maintiennent l’esprit en éveil, indépendamment de la lumière émise par l’écran. Difficile, à ce stade, d’isoler avec certitude la part de chaque facteur. Ralentir le rythme en soirée, une piste que nous explorons dans notre rubrique bien-être et détente, peut aider à préparer l’endormissement, indépendamment de la question des écrans.

La sieste, ni interdite ni miraculeuse

Une courte sieste en début d’après-midi peut compenser un manque ponctuel de sommeil et améliorer la vigilance, sans pour autant nuire au sommeil de la nuit suivante chez la plupart des adultes. Elle devient en revanche plus discutable si elle est longue ou tardive en fin d’après-midi, car elle peut alors retarder l’endormissement du soir. Il n’y a pas de règle universelle : à chacun d’observer si la sieste l’aide ou, au contraire, décale son rythme. Une activité physique régulière, dont nous parlons dans notre rubrique sport et mouvement, favorise elle aussi un endormissement plus naturel, sans qu’il s’agisse pour autant d’une solution universelle.

Se réveiller la nuit : un phénomène normal

Beaucoup de personnes s’inquiètent de se réveiller une ou plusieurs fois par nuit, en pensant que cela signale un sommeil « de mauvaise qualité ». En réalité, de brefs réveils nocturnes, souvent oubliés au matin, font partie du fonctionnement normal du sommeil, qui alterne des cycles successifs. Ce qui compte, c’est la capacité à se rendormir sans trop de difficulté, pas l’absence totale de réveil.

Caféine, alcool et repas du soir

La caféine, présente dans le café mais aussi dans le thé ou certaines boissons, peut retarder l’endormissement plusieurs heures après avoir été consommée, car son effet stimulant se prolonge bien au-delà de la sensation de coup de fouet ressentie au moment de la consommation. La sensibilité varie cependant beaucoup d’une personne à l’autre : certaines s’endorment sans difficulté après un café du soir, d’autres en ressentent l’effet des heures plus tard. L’alcool, de son côté, peut donner une impression d’endormissement plus rapide, mais il fragmente le sommeil dans la seconde partie de la nuit, ce qui explique des réveils plus fréquents après une soirée arrosée. Un repas copieux pris tard le soir peut également gêner l’endormissement, la digestion sollicitant l’organisme au moment où il cherche à ralentir.

Un rythme plutôt du matin ou plutôt du soir

Certaines personnes se sentent naturellement plus alertes tôt le matin, d’autres montent en énergie en fin de journée : ce chronotype, en grande partie déterminé biologiquement, explique pourquoi deux personnes suivant les mêmes règles d’hygiène de sommeil ne s’endorment pas à la même heure avec la même facilité. Vouloir forcer un rythme qui ne correspond pas à sa tendance naturelle, par exemple en se levant très tôt alors qu’on est plutôt du soir, peut rendre l’endormissement et le réveil plus difficiles sans qu’il y ait pour autant de trouble du sommeil. Composer avec son propre rythme, dans la mesure où les contraintes de la vie quotidienne le permettent, est souvent plus réaliste que de vouloir se conformer à un modèle unique.

Quand consulter

Certains signes méritent en revanche d’être pris au sérieux et discutés avec un médecin, sans attendre :

  • une somnolence diurne qui s’installe et gêne la conduite, le travail ou la vie quotidienne, malgré un temps de sommeil qui paraît suffisant ;
  • des ronflements associés à des pauses respiratoires observées par l’entourage, qui peuvent évoquer une apnée du sommeil et justifient un avis médical ;
  • des difficultés d’endormissement ou des réveils précoces qui durent depuis plusieurs semaines et retentissent sur le moral ou l’énergie.

Un professionnel de santé pourra explorer l’origine du trouble et orienter, si besoin, vers une prise en charge adaptée — chaque situation étant différente, il n’y a pas de solution générale à appliquer soi-même. Santé publique France propose des repères officiels et actualisés sur le sommeil pour qui souhaite approfondir le sujet.


Avatar de Hélène Marchal

À lire aussi