Lire une étiquette alimentaire sans se faire avoir

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Un emballage alimentaire est aussi un espace publicitaire. Rien n’y est écrit par hasard, et certaines informations sont beaucoup plus parlantes que d’autres une fois qu’on sait où regarder.

L’ordre des ingrédients n’est pas anodin

La liste des ingrédients obéit à une règle simple, imposée par la réglementation européenne sur l’étiquetage : les ingrédients sont classés par ordre décroissant de poids, du plus présent au moins présent dans le produit fini. Concrètement, les deux ou trois premiers ingrédients de la liste représentent souvent l’essentiel de ce que contient réellement le produit.

C’est un réflexe utile : un produit dont l’emballage met en avant un ingrédient noble en photo ou en gros caractères, mais où cet ingrédient n’apparaît qu’en fin de liste, en dit long sur sa composition réelle. À l’inverse, si le sucre, une huile, ou une farine raffinée figurent parmi les tout premiers ingrédients, c’est qu’ils constituent l’essentiel du produit — sans que cela signifie automatiquement qu’il faille l’éviter, mais c’est une information utile pour comparer deux produits similaires.

Le sucre a beaucoup de noms

Le sucre ajouté ne s’appelle pas toujours « sucre » sur une étiquette. Selon les produits, on peut retrouver du sirop de glucose-fructose, du sirop de maïs, du dextrose, du sirop d’agave, du miel, des jus de fruits concentrés, du maltose, ou encore des noms se terminant en « -ose » (fructose, saccharose, maltodextrine). Aucun de ces ingrédients n’est en soi problématique isolément, mais leur multiplication dans une même liste indique souvent plusieurs sources de sucres ajoutés cumulées, ce qui peut ne pas apparaître clairement si l’on cherche uniquement le mot « sucre ».

La rubrique « dont sucres » du tableau nutritionnel, elle, regroupe tous les sucres du produit, qu’ils soient naturellement présents (comme dans un fruit) ou ajoutés. Le tableau ne fait pas toujours cette distinction, ce qui peut compliquer la comparaison entre un produit avec des sucres naturels et un produit avec des sucres ajoutés en quantité équivalente.

Allégation nutritionnelle et allégation de santé : deux choses différentes

Les mentions valorisantes qui apparaissent sur le devant des emballages sont elles aussi encadrées par la réglementation européenne, mais elles recouvrent deux catégories bien distinctes.

  • Une allégation nutritionnelle décrit la composition du produit : « source de fibres », « riche en protéines », « sans sucres ajoutés », « faible en matières grasses ». Ces mentions sont soumises à des seuils précis fixés par la réglementation — un produit ne peut afficher « riche en fibres », par exemple, que s’il contient une quantité minimale définie.
  • Une allégation de santé établit un lien entre un nutriment ou un aliment et une fonction de l’organisme, par exemple « le calcium contribue au maintien d’une ossature normale ». Ces allégations doivent être validées scientifiquement au niveau européen avant de pouvoir être utilisées, et la liste des allégations autorisées est encadrée strictement.

Dans les deux cas, ces mentions portent sur un nutriment ou un ingrédient précis, jamais sur le produit dans son ensemble. Un biscuit « source de fibres » reste un biscuit, avec sa teneur en sucre et en matières grasses propre — l’allégation ne dit rien de l’équilibre global du produit.

Le Nutri-Score, un outil de comparaison, pas un verdict

Le Nutri-Score est un logo qui classe les produits d’une lettre A à E, calculé à partir d’un algorithme prenant en compte à la fois des éléments favorables (fibres, protéines, fruits et légumes) et des éléments à limiter (sucres, sel, acides gras saturés, densité énergétique). Il est pensé pour comparer entre eux des produits d’une même catégorie — deux céréales du petit-déjeuner, par exemple — et non pour comparer des aliments de nature différente.

Ses limites sont reconnues et documentées par les agences sanitaires elles-mêmes : le Nutri-Score ne tient pas compte du degré de transformation d’un aliment, ni de la présence d’additifs, ni de la taille de la portion réellement consommée. Un produit classé A n’est pas nécessairement peu transformé, et un produit classé D ou E n’est pas nécessairement à exclure d’une alimentation par ailleurs variée. L’ANSES rappelle régulièrement que cet outil doit être utilisé comme une aide au choix parmi des produits comparables, pas comme un jugement global sur la qualité d’un aliment isolé.

Les additifs : des codes qui méritent d’être connus

Sur de nombreux emballages, les additifs apparaissent sous forme de codes commençant par la lettre E, suivis de chiffres (E100, E330, E250…). Ces codes correspondent à une nomenclature européenne officielle : chaque additif autorisé sur le marché a fait l’objet d’une évaluation avant sa mise sur le marché et est classé selon sa fonction — colorant, conservateur, émulsifiant, exhausteur de goût, entre autres. Le fait qu’un ingrédient soit désigné par un code plutôt que par son nom complet ne signifie pas en soi qu’il pose un problème : c’est simplement une façon normalisée de l’identifier, utilisée dans tous les pays de l’Union européenne.

Ce qui reste utile à observer, c’est surtout le nombre d’additifs présents dans un produit : une liste très longue, avec de nombreux codes différents, est souvent le signe d’un produit fortement transformé, ce qui peut orienter une comparaison entre deux produits similaires, sans qu’un additif isolé constitue à lui seul un motif d’inquiétude.

Ce qu’une étiquette ne remplace pas

Aucune étiquette ne peut remplacer un avis individualisé, en particulier pour les personnes qui doivent surveiller un apport précis — sodium, sucres, allergènes — dans le cadre d’une pathologie suivie médicalement. Dans ces situations, mieux vaut se référer aux repères donnés par le médecin traitant ou un diététicien, qui sait interpréter ces informations à la lumière de la situation de chacun.

Pour le reste, savoir lire une étiquette n’a pas vocation à transformer chaque course en examen. C’est simplement un outil de comparaison entre produits similaires, à utiliser quand une question se pose — pas une grille à appliquer systématiquement à tout ce qui entre dans le caddie. Ces repères de lecture s’articulent bien avec les rubriques Santé & Prévention et Beauté & Vie pratique, où d’autres gestes du quotidien sont abordés avec la même approche, sans injonction.


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